[Ecrire un livre] Vaincre le syndrome de l’imposteur

Vous avez des envies ou des projets d’écriture mais vous ne vous êtes pas encore lancé? Vous avez une super idée dans la tête mais vous hésitez? Votre rêve c’est d’être publié, mais vous tournez en rond, vous jetez brouillon sur brouillon, sans jamais terminer la moindre histoire?

Pourquoi est-ce si compliqué?

Avez-vous déjà entendu parler du syndrome de l’imposteur? Certainement, mais savez-vous vraiment de quoi il s’agit? Voyons ce qu’en dit Wikipedia:

Les personnes atteintes du syndrome de l’imposteur, appelé aussi syndrome de l’autodidacte, phénomène de l’imposteur, expérience de l’imposture, expriment une forme de doute maladif qui consiste essentiellement à nier la propriété de tout accomplissement personnel. Ces personnes rejettent donc plus ou moins systématiquement le mérite lié à leur travail et attribuent le succès de leurs entreprises à des éléments qui leur sont extérieurs (la chance, leurs relations, des circonstances particulières). Elles se perçoivent souvent comme des dupeurs-nés qui abusent leurs collègues, leurs amis, leurs supérieurs et s’attendent à être démasquées d’un jour à l’autre.

Ok, c’est peut-être un peu extrême. D’ailleurs, ce trait de personnalité, ce sentiment ou ce schéma de pensée est parfois associé à des des troubles psychiques établis. On a tous ressenti à un moment ou à un autre de notre vie, cette impression d’injustice qui, pour une fois ne s’appliquerait pas à soi-même mais aux autres. Cela peut se produire lorsque l’on obtient une promotion non sollicitée. Pourquoi moi? Si, la plupart du temps, on en tire une forme de gratification bienvenue, on se retrouve parfois à penser que ce n’est pas mérité. La crainte du regard de autres, empreint d’envie et de jalousie s’immisce en nous.

Sans se perdre dans les méandres de la psychologie de comptoir, la question de la confiance en soi est centrale dans ce sentiment. Si certains d’entre nous avancent dans la vie avec l’assurance inébranlable de la réussite, d’autres, bloqués par leur parcours de vie compliqué, portent un regard impitoyable sur eux-mêmes, noyant toute velléité d’autosatisfaction.

Oui, c’est vous! (dans votre tête en tout cas).

En matière artistique, la question du syndrome de l’imposteur, sous toutes ses formes – du doute au blocage complet – se pose bien souvent. Les lecteurs que nous sommes ont toujours en tête un auteur fétiche à qui ils aimeraient ressembler. Dans notre esprit, cette femme ou cet homme, s’assied chaque matin dans un fauteuil confortable, devant un vieux secrétaire qui a appartenu à un illustre écrivain, le tout dans un bureau rempli de livres – dont certains en édition originale – et baigné d’une douce lumière. Une tasse de thé ou de café fume sans fin. Il ou elle allume son ordinateur puis ses doigts courent sur le clavier, remplissant la page blanche d’une prose parfaite. En quelques semaines de travail paisible, un roman parfait va prendre vie. Notre modèle n’aura même pas besoin de trouver un éditeur. En tant que chouchou d’une grande maison depuis plusieurs années, les avances sur ventes s’accumulent sur son compte en banque.

Pour moi, c’est Maxime Chattam. Non pas que j’aime aveuglement tous ses romans, mais j’apprécie son écriture, son imagination sans limites, sa capacité à passer du thriller au fantastique. Oui, je l’imagine parfois dans sa grande maison de Chantilly, entouré d’objets de collection, incroyables, et travaillant plusieurs histoires en même temps. En plus, il écoute les mêmes musiques que moi. Quand je vois qu’il a vendu des millions de livres, je pense régulièrement que je n’en vendrai pas un seul. J’ai beaucoup d’imagination, mon écriture est correcte – enfin, je crois – mais je ne suis pas Maxime Chattam. Donc je ne vais jamais y arriver.

Déconstruire cet imaginaire

On le sait tous au fond de nous: cette façon de voir les choses n’a aucun sens. Pourtant c’est là, en filigrane, à chaque difficulté rencontrée, à chaque doute sur une scène, à chaque correction, on y pense. On se dit qu’on est pas légitime pour écrire… ou pire… pour se déclarer auteur, écrivain, romancier. Or, qu’est-ce qu’un écrivain à part quelqu’un qui écrit? Doit-on avoir vendu des milliers d’exemplaires ou décrocher le prix Renaudot pour être un écrivain? D’ailleurs, celui qui écrit pour lui-même et celle qui écrit pour ses petits-enfants… comment s’appellent-ils?

C’est vrai, certains écrivains sont des génies créatifs. Ils manient la plume avec élégance, finesse ou drôlerie. Ils construisent des intrigues ciselées, des rebondissements en cascades. Ils créent des personnages attachants, agaçant, effrayants. Pourtant aucun d’entre eux n’a réussi du premier coup. Leurs premiers jets ne sont pas parfaits, leurs corrections peuvent être longues ou fastidieuses. Certains de leurs manuscrits ont terminé leur courte existence au mieux au fond d’un tiroir, au pire dans une corbeille. L’immense majorité d’entre eux d’entre eux a peiné à trouver un éditeur. Et quand ils l’ont trouvé, celui-ci les a “obligés” à effectuer des corrections, couper des pans entiers de leur création. Parfois, un succès commercial est suivi d’un échec tout aussi retentissant. Ne l’oublions pas quand nous doutons. Pensez-vous que votre auteur fétiche ne doute jamais?

Se lancer

Une fois cet imaginaire déconstruit, il est temps de s’y mettre, vous ne croyez pas? Vous rêvez depuis longtemps – toujours – d’écrire cette histoire qui vous trotte dans la tête. Vous n’êtes pas J.M.G. Le Clezio, ni Amélie Nothomb. Vous ne ferez peut-être pas partie de la shortlist du Goncourt mais à l’instant même ou vous serez assis devant votre ordinateur ou en train de noircir les pages votre carnet Moleskine, vous serez un écrivain.

Peut-être que vos seuls lecteurs appartiendront à votre entourage. Peut-être vendrez vous quelques ebooks sur une plateforme en ligne. Peut-être que vous organiserez une séance de dédicace chez votre libraire du coin de la rue.

Peut-être trouverez-vous un éditeur, petit ou grand, peu importe, qui trouvera votre manuscrit intéressant? Parce que votre idée de départ était bonne, parce que votre écriture est vive et plaisante, parce que votre thématique colle parfaitement à sa ligne éditoriale.

Quel que soit le destin de vos textes, poésies, romans, essais, n’oubliez jamais que vous êtes un auteur, quoi que vous puissiez en penser, et surtout quoi que puissent en penser ceux qui vous entourent! N’oubliez pas non plus que Stephen King, Paul Auster ou Marguerite Yourcenar ont tous commencé comme vous!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *